T2 La nécessité "jacob lorber"
CH212,1 : La nécessité.
Il n’est pas bon de trop favoriser le bien être physique de l’homme, qui finit par devenir paresseux et par ne se soucier que de son confort. Car cette aspiration à un repos paresseux et insouciant est la caractéristique d’un corps mort en soi et pour soi . Mais l’âme pour se constituer une consistance formelle a besoin du corps, car la propension originelle à ne rien faire est aussi dominante dans l’âme.
La douloureuse nécessité du corps tire l’âme de sa léthargie, car elle sent que le corps finirait par mourir si elle ne lui venait en aide.
La nécessité du corps incite donc l’âme à mettre tout en œuvre pour lui venir en aide. Mais comme l’âme a la terreur de la mort, à côté des soins qu’elle porte à son corps, elle cherche ce que pourrait être réellement la vie; quand l’amour de la vie s’éveille ainsi en elle, l’âme découvre qu’une vie se poursuit après la mort quand elle a quitté son corps.
Alors se développe enfin une sorte de foi en l’immortalité de l’âme humaine, et cette foi de plus en plus vivante devient un réel besoin de l’homme.
Mais ceux qui sont plus réfléchis et il en existe toujours, ne se satisfont pas de la foi, ils cherchent à l’aprofondir et quand elle n’est pas assez puissante, ils tentent par tous les moyens de la rendre plus palpable et plus évidente.
Les peules tiennent en haute estime ces chercheurs qu’ils considèrent généralement comme des devins éclairés, des voyants qui ont commerce avec les esprits dont ils reçoivent des informations sur la vie de l’âme après la mort.
Elevés ainsi la prêtrise par le peuple, ces chercheurs qui prétendent se préoccuper de ses aspirations, finissent généralement par abuser de la confiance qui leur est faite, et ne pensent plus qu’à leur propre intérêt matériel.
Ils ne sont plus en fin de compte que des aveugles conducteurs d’aveugles. Il en reste toujours quelque chose de bon, car grâce à ces prêtres, le peuple malgré tout, reste relié au ciel, si faiblement que ce soit.
Avec le temps, la confiance aveugle dans les prêtres eux-mêmes vient à s’affaiblir. Alors, de nouveaux chercheurs se lèvent dans le peuple pour mettre au jour une toute nouvelle doctrine qui, sans rejeter l’ancienne, propose une nouvelle démarche non plus basée sur une foi aveugle, mais fondée sur des faits convaincants, vérifiable et visibles par tous.
Voilà comment la vérité se transmet aux jeunes générations, plus ou moins douloureusement parfois, pour que soient maintenues les lois éprouvées par une longue expérience et selon lesquelles la vie humaine doit être réglée.
Quand, à ces fondements de l’existence formulés peu à peu par la réflexion croissante de l’humanité, vient s’ajouter encore la révélation extraordinaire du ciel qui illumine les hommes, alors tout homme, tout peuple est sauvé, est né de nouveau en esprit, et tout cela, vois-tu, ne procède nullement des soins que réclame le corps, mais du souci et de la nécessité de l’homme. Je te le dis, dans la nécessité, l’animal lui-même devient aussi inventif que l’homme !
Quand la nécessité oblige l’homme à penser, alors la terre se met à verdir sous ses pieds, mais dès qu’il a tout ce qu’il faut, il s’allonge paresseusement comme un animal et ne pense plus à rien.